Réflexions

N’ayez pas peur d’être égoïste

Aujourd’hui je vais vous parler du fait d’être égoïste et vous montrer que ce terme n’a pas aussi mauvaise connotation que ce que l’on pourrait penser.
Dans la vie il faut des définitions pour tout, il faut tout mettre dans des cases. Ce qui est nécessaire et bien pratique. Cependant les limites de ces cases ne sont pas aussi fermées que ce que l’on pourrait imaginer. Rien n’est aussi bien cadré que ce qu’il parait.

Avec cet article je voudrais vous montrer que c’est important d’être égoïste de temps en temps. Pour cela je vais vous raconter un moment de ma vie qui m’a permis de m’en rendre compte. Mais avant je vais vous parler d’égoïsme et d’altruisme son opposé, et vous montrer qu’ils ne sont pas si différents que ça.

Dans le dernier article je vous parlais de culpabilité et je vous expliquais que ce sentiment participe à notre empathie. Il nous donne une conscience de ce qui est bien ou mal, et peut nous pousser à agir pour le bien des autres. Malgré tout, cela ne doit pas nous empêcher d’agir aussi pour nous, sans penser aux autres, et donc d’être égoïste. Mais ce mot a rarement une bonne connotation dans notre société, voyons pourquoi.

Qu’est-ce que l’égoïsme ?

Une personne égoïste ne pense qu’à elle, elle ne cherche qu’à satisfaire son plaisir personnel. Elle n’agit donc que pour son propre intérêt. Elle ne s’intéresse pas aux autres, ce qui leur arrive ne la touche pas et elle s’investit rarement dans une relation.
C’est l’image que nous en avons quand nous parlons de quelqu’un d’égoïste. Je pense que vous serez d’accord avec moi, elle ne fait pas trop envie.
Mais est-ce aussi simple que cela. Est-ce qu’être égoïste se limite juste à cette définition, à cette case ?
Pour clarifier cela je vais vous parler de l’altruisme, son opposé.

Qu’est-ce que l’altruisme ?

Une personne altruiste est bienveillante, disposée à aider les autres de manière désintéressée, sans rien attendre en retour. On associe souvent l’empathie aux personnes altruistes.

On a pour la plupart, j’imagine, plus envie de ressembler à quelqu’un comme ça. Être ouvert aux autres, donner et aider à ceux qui sont dans le besoin ou non, plutôt que de penser à son nombril. Mais jusqu’à quel point est-ce bien ? Est-ce qu’au bout d’un moment on n’en vient pas à se priver de notre bonheur ? Et est-ce que cela est une bonne chose ?

Mon histoire avec ces comportements

Comme je vous disais au début de l’article, j’avais envie de vous parler du fait d’être un petit peu plus égoïste dans votre vie. Et pour illustrer cela je vais vous parler de mon histoire.
Adolescente j’écoutais beaucoup les problèmes des autres. Je ne me souviens plus si je faisais ça avec plaisir, sûrement un peu. Être la confidente et participer aux mieux-être des autres, j’ai toujours aimé ça. Et je devais peut-être même me dire à l’époque que c’était ma mission, je le faisais naturellement sans trop réfléchir et un peu à n’importe quel moment.
Mais petit à petit, j’ai trouvé ça dure d’écouter les problèmes des autres et que cela n’aille que dans un seul sens. J’avais moi aussi des problèmes d’adolescente, je n’étais pas forcément bien dans ma peau.

Du coup j’ai commencé à devenir un peu plus égoïste, à ne pas toujours écouter ou continuer la discussion quand on voulait me raconter ses problèmes. Mais je crois que c’était nécessaire.
Je ne pouvais plus continuer à aider les autres sans avoir moi aussi de l’aide en retour. Et surtout je ne pouvais plus le faire n’importe quand, il fallait que je me fixe des limites, des barrières.
J’ai donc fini par en faire mon métier, ce qui me laisse des heures dédiées à cette aide. Parfois certaines personnes font des demandes en dehors de ces heures, il m’arrive d’accepter mais je n’ai aucun problème à dire que ce n’est pas le moment.
Je pense également que lorsque l’on travaille dans un métier de la santé, un métier d’aide à la personne, il faut également travailler sur soi, à se connaitre et être bien avec soi-même.

En pensant d’abord à moi, l’égoïsme a ici une forme de protection personnelle. En effet ce trait de personnalité n’est pas seulement penser qu’à soi. Il peut avoir plusieurs utilités, celle de la protection comme je l’ai dit plus haut mais également une part d’altruisme. Je vous explique ça de suite et vous verrez que finalement ces deux comportements peuvent avoir plus de similitudes que ce que l’on aurait imaginé.

Les égoïstes n’auraient-ils pas une part d’altruisme ?

Selon le philosophe Jeremy Bentham nous sommes à la recherche de notre plaisir et notre bonheur toute notre vie. Et parfois cet acte considéré comme égoïste peut-être bénéfique à l’autre. Des études ont montré que les personnes motivées par des actes égoïstes, afin de se donner bonne conscience, s’impliquent davantage dans des œuvres de bienfaisance. Alors que les personnes plus altruistes vont être plus dépendantes de l’entourage et vont avoir besoin de l’approbation des autres. Si elles ne l’ont pas, elles peuvent se sentir frustrées et se résigner plus rapidement à aider autrui.

Les altruistes : des égoïstes cachés ?

La question vient souvent se poser sur la motivation de l’altruiste, est-elle vraiment désintéressée ? En effet accomplir un acte altruiste apporte de la joie à celui qui a agi, cela lui profite. Cet acte en faveur de la satisfaction personnelle de celui qui agit devient ainsi égoïste.
Certaines personnes vont agir en conscience, elles vont aider les autres afin de se sentir aimées. Pour autant, la majorité n’est pas nécessairement consciente à l’avance si cela procurera de la satisfaction.
Mais dans tous les cas je pense que nous pouvons être d’accord sur le fait que même si l’altruisme n’est pas désintéressé et que cela peut être considéré comme un acte égoïste il n’y a rien de mal à cela, bien au contraire.
De plus, pour le Professeur Bahram Elahi ce n’est pas parce qu’aucun acte altruiste n’est fait de manière désintéressée que cela empêche l’homme de tendre vers le désintéressement.

Donc si l’altruisme peut être considéré comme un acte égoïste, cela voudrait bien dire qu’il y a du bon dans l’égoïsme.
De plus s’intéresser à soi et à son désir personnel n’est pas forcément quelque chose de mauvais. Ce qui n’est pas sain c’est de ne s’intéresser qu’à soi.
De même qu’il est bon de s’intéresser aux autres sans pour autant que cela se fasse à notre détriment. Ne pas s’intéresser du tout à soi n’est pas sain également.
Le sacrifice n’est jamais bon.

De la culture, de la génétique ou de la psychologie ?

Plusieurs questions se posent pour savoir si l’altruisme et l’égoïsme sont inscrits dans nos gênes ou s’ils viennent d’un comportement influencé par une éducation, une culture ou notre environnement.

D’un point de vue biologique

Il y aurait une possibilité que l’altruisme soit inscrit dans nos gènes.
L’homme est social, pour cela il a besoin et il aide son entourage afin de survivre. L’empathie et donc l’altruisme sont des qualités nécessaires à cela.
Si l’on suit la théorie de l’évolution de Darwin, la sélection naturelle aurait gardé le gène de l’altruisme afin de prospérer la lignée de l’homme. Des études ont été mis en place afin de montrer que les comportements prosociaux (se soucier de l’autre) ont une forte influence génétique. Dans les premiers mois de vie, cette influence n’aurait pas d’impact mais elle évoluerait et augmenterait en même temps que nous grandissons.

D’un point de vue psychologique

Nous naissons égoïste et l’altruisme ne se développerait que plus tard. Ce qui pourrait correspondre assez bien à la théorie génétique.
Dans les premières années de notre vie nous serions comme des petits narcisses. Nous ne pensons qu’à notre plaisir et au fait que les autres doivent nous satisfaire. Ce comportement plus proche de l’égocentrisme (se penser comme le centre du monde), tout de même proche de l’égoïsme est nécessaire à notre développement. Avant de découvrir le monde et les autres, nous devons d’abord nous découvrir nous-même.
En devenant adulte, nous avons alors conscience de soi et des autres et cela ne peut normalement que nous apporter du bonheur.

D’un point de vue culturel

Dans les « sociétés individualistes » principalement occidentales il y aurait un plus grand nombre d’égoïste. Ce trait de caractère permettant ainsi de se différencier des autres, et d’avoir une certaine liberté.
Cependant l’égoïsme dans ces sociétés n’est pas toujours bon. On retrouve en plus grand nombre l’égoïste qui ne pense qu’à sa satisfaction personnelle sans se soucier des autres, plutôt que l’égoïste qui s’intéresse aux autres pour satisfaire son plaisir.

Dans les « sociétés collectivistes » l’altruisme est la normalité. Les tribus berbères au Maghreb en sont un très bel exemple. Elles ont une grande hospitalité et n’attendent rien en retour. Je me souviens d’un trek dans le désert marocain. Dans un petit village berbère, les villageois étaient heureux de nous offrir de quoi boire et manger, alors qu’ils n’étaient pas dans l’abondance. Le dénuement n’est donc pas un obstacle à l’altruisme.
Cependant l’altruisme dans ces sociétés peut être ressenti comme une obligation sociale dans lequel le groupe prime sur l’individu.

Nous pouvons donc voir que les gènes, notre culture, notre éducation et bien d’autre ont une influence sur les comportements de l’altruisme et l’égoïsme.
Il n’y a jamais qu’un seul facteur à prendre en compte, les cases n’ont pas de vraies limites.
Ce n’est pas parce qu’il semble défini d’une manière en particulier, qu’il l’est forcément.

Pour finir

Au final, égoïste et altruiste se ressemble peut-être plus que ce que l’on pensait et il n’y a pas de bon ou de mal.
Être égoïste ou être altruiste ? Je crois qu’avant tout que c’est être humain. Un être humain à la recherche de sa satisfaction personnelle, mais qui a aussi besoin des autres pour avancer. Qui a besoin que les autres l’aident et d’aider les autres. Tout est question de dosage. Se faire plaisir et faire plaisir aux autres. Je pense que l’un ne va pas sans l’autre.

Donc comme c’est bien de mettre des mots sur tout : soyez égoïste, pensez à vous en priorité, vivez selon vos désirs, mais ne les imposez pas aux autres. Soyez également altruistes, aidez les autres dans le besoin ou non et prenez-y du plaisir.

6 thoughts on “N’ayez pas peur d’être égoïste”

  1. Très sympa cet article 🙂 Je me reconnais dans tes mots, j’ai moi aussi eu (voire même ai toujours) un « combat » intérieur pour être davantage « égoïste » et ne pas être trop dans l’empathie et le surdon de soi 🙂

    1. Merci Sandrine 🙂 Je crois que ce « combat » est fini pour moi. J’arrive à être suffisamment égoïste pour me protéger, mais je crois que c’est vraiment nécessaire parce que sinon mon empathie me jouerai des sales tours je pense 😉 L’important c’est d’arriver à trouver son propre équilibre, afin d’être bien avec soi-même et les autres 🙂

  2. Woua quelle philosophe ! Ahahah Ton article est géniale ma belle, vraiment ! Très intéressant et très complet. Tu le dis à la fin « tout est une question de dosage ». Paul Van Haver, Stromae, a dit un jour dans une interview « toute qualité, poussée à son extrême devient un défaut », cette phrase a complètement changé ma vie. Effectivement, si notre vie se résume à faire en sorte que les autres aillent bien, alors cela devient un défaut, parce qu’on s’oublie et qu’un jour, on n’est plus capable. Il faut d’abord s’aider soi-même pour pouvoir aider les autres, ça c’est Frédéric Lopez qui me l’a appris et j’écris à ce sujet en ce moment. Donc un peu d’égoisme est nécessaire parfois, c’est clair, et penser aux autres et à leur bien-être est nécessaire également, pour le bien de l’humanité. Il faut trouver le juste milieu. 🙂
    Gros bisous, hâte de lire ton prochain article

    1. Tu nous cites deux grands hommes là 🙂 tout à fait d’accord avec ce que tu racontes.
      Moi c’est ma mère qui me disait aime toi d’abord avant d’aimer les autres et aussi pour que les autres puissent t’aimer (ça c’est moi qui le rajoute 🙂 ).
      Et en effet il faut trouver le juste milieu, comme je dis toujours pas d’excès et pas de privation 🙂
      Gros bisous !

  3. Je me reconnais beaucoup dans ton article. J’ai tendance à faire passer les autres et leurs problèmes avant les miens et moi-même. Mais je me suis rendue compte que quelque part, je ne me respectais pas toujours. Dire oui à tout et à tout le monde même lorsque mon coeur dit non, que ce n’est pas le moment, que j’ai besoin d’être seule, de m’occuper de moi… ce n’est pas être honnête avec moi même ni avec les autres! Je commence à être par moments un peu égoiste. C’est vrai que ce mot à une mauvaise connotation, je ne pense absolument pas être égoïste comme on l’entend, mais j’essaie de plus m’écouter, mieux respecter mes besoins avant d’aider les autres. Ce n’est que plus efficace et on est de bien meilleur conseil quand on fait cela 🙂
    Merci pour ce chouette article!

    1. Merci pour ton commentaire, je suis contente si cet article t’a parlé 🙂 En effet c’est bien de venir en aide aux autres mais il ne faut pas s’oublier et si on se priorise de temps en temps on ne pourra que mieux aider les autres. Tu es sur le bon chemin.

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